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La ferme de gabaudet, avant le drame.

Depuis, notamment, l’appel du 18 juin 1940 de Charles de Gaulle,  la Résistance en France s’accroît.  Elle va de plus en plus s’organiser au sein de la population durant l’Occupation.  De nombreuses actions vont être menées tel que des embuscades, des destructions de ponts, routes, voies ferrées, ou des opérations d’harcèlement.  Dans le Lot, le régime du Maréchal Pétain n’a pas beaucoup de crédit, et la Résistance doit s’accorder avec la population pour pouvoir  subsister. Les maquis ne peuvent s’organiser qu’avec un appui et une aide quotidienne entre tous. Malgré tout, le Lot a été le département le plus touché de toute la région sud-ouest durant l’occupation. Plus de 500 victimes furent tuées.  Il est aussi, celui qui a fourni le plus grand nombre de Résistant par rapport à sa population. 

Le 8 juin 1944, la ferme de Gabaudet et le petit village de Donnadieu sont le théâtre de la barbarie nazi, parmi tant d’autres lieux en France, où la résistance et la population civile furent lourdement attaquées.  La ferme de Gabaudet est mise à feu et à sang par la division Das Reich, celle-ci ne sera jamais reconstruite. Un monument du souvenir y a été érigé. Quant au hameau de Donnadieu, il fut reconstruit après la guerre. En ce 8 juin 1944, une centaine de maquisard était présent s sur les lieux. En effet, la ferme de Gabaudet était le point de ralliement des résistants en Quercy durant la seconde guerre mondiale. Le choix de ce lieu a été déterminé par son isolement, dans un secteur plutôt calme. Un endroit parfait pour se réunir, s’organiser et préparer une offensive.  Depuis le mois de mai, de plus en plus de maquisards et de jeunes de la région qui passaient au maquis se présentèrent à la ferme. Elle s’établissait sur 250 hectares. La famille Joutet l’exploitait depuis 1920. Jean-Pierre Joutet décédé le 7 avril 1944, son épouse Philomène assure la continuité de l’exploitation avec l’aide de ses 8 enfants et d’un ouvrier agricole. Elle a 5 filles et 3 garçons : Marthe, l’ainée, mariée avec Antoine Joyeux, Louis, André, Antonin, Yvonne, Paulette, Hélène et Denise la plus jeune. Ce 8 juin, Philomène, Louis, Yvonne ainsi que son fils de deux ans, Denise, de l’ouvrier agricole et d’un couple de cousins. Dès l’annonce du débarquement allié en Normandie et simultanément aux appels lancés par Vichy et le Général De Gaulle, les gendarmes se rallient à la Résistance, amenant leurs armes. Dès le 7 juin, plus de 200 hommes, dont beaucoup de gendarme ainsi que des civils,  vont converger de tous les coins du département et même de l’Aveyron vers Gabaudet, venant ainsi se joindre au groupe déjà en place. Cela va renforcer considérablement les moyens en homme ainsi qu’en véhicules et en véhicules militaires. Les hommes sont entre 300 et 400.  Gabaudet, rattaché au poste de commandement F.T.P est placé sous la protection des maquis « France » et de « Gabriel Péri ». Malheureusement, cette protection est réduite le 7 et le 8, car une partie de l’effectif avait était envoyé en renfort vers Bretenoux. Le commandement tenta une organisation en alternant réunions et conférences. Cependant une concentration aussi importante d’hommes et de véhicules, ne passe pas inaperçue. La surveillance du camp a surement été négligée. Les gendarmes quant à eux, tentent d’apprendre aux jeunes maquisards, le maniement des armes.

Vers 17h, un Piper noir vint tourner à deux reprises au-dessus de Donnadieu et la ferme. Dans la journée, une colonne allemande de la division Das Reich, était vers St Céré et en début d’après-midi, un détachement pris la direction de Gabaudet. Louis Joutet, son cousin et l’ouvrier son à ce moment-là au pré, non loin de la ferme, quand vers 18h30 ils aperçoivent une Jeep Allemande. Ils détalent aussitôt, et s’enfuient dans les sous-bois avant de regagner le village de Scelles où ils furent recueillis par une famille.

La ferme n’aurait sans doute pas été découverte si un adjudant de gendarmerie collaborationniste, n’avait pas prévenu les responsables allemands de ce rassemblement. Le repérage de l’avion fit surement le reste.

Les Allemands ne vont pas hésiter à tout saccager et tuer. Ils tirent sur tout le monde, les personnes présentent dans la ferme prennent la fuite, les dirigeants tentent de sauver les papiers au milieu des balles qui fusent de part et d’autre… Les Allemands sont venus en renfort avec 3 chars et près de seize chenillettes qui déclenchent un feu nourris de mitrailleuses et de mortiers. Après un mitraillage intensif, ils entrent dans la cour suivis des fantassins qui fouillent systématiquement chaque recoin des granges, étables et habitation sans hésiter à tirer à bout portant sur tous ceux qui tenteraient de s’enfuir. D’autres Waffen S.S achèvent certains maquisards blessés, à la baïonnette. L’incendie provoqué par les obus ravage la ferme au milieu des cris, et du bruit des armes. Vers 22h, les chars se retirent laissant seulement entendre le crépitement des flammes et le souffle des derniers survivants de la ferme de Gabaudet.  Eloi Rossignol est très attaché à la famille Joutet. Dès les premiers coups de feu, il se précipite dans la maison, se saisit de l’enfant et engage Philomène, Maria, Yvonne et Denise à le suivre. Connaissant très bien le terrain, il possède déjà son plan pour la fuite. Traversant la cour, il longe les étables et le fournil, puis plonge dans le Champ de la Font en utilisant haies et murets pour se cacher et se diriger vers les sous-bois en direction de Reilhac afin de s’y cacher. Cependant les chars allemands se rapprochent d’eux et ils se cachent derrière un mur suffisamment haut, tout en gardant la main sur la bouche de l’enfant pour l’empêcher de crier. A ce moment, Denise se rend compte que sa mère et sa cousine n’ont pas suivi ; Eloi tente bien de l’en empêcher, mais Denise repart en courant au milieu du champ de blé, revenant vers la ferme à la rencontre de Philomène et de Maria. Quand les S.S. l’aperçoivent, ils la mitraillent sans hésitation.  Philomène et Maria sont restées prostrées contre un mur de la ferme durant toute la tragédie. A la fin des combats, elles furent chargées debout sur un camion débâché avec les 71 autres résistants faits prisonniers, dont plusieurs finiront en déportation.

Dès les premières lueurs du matin, beaucoup d’hommes et de femmes prennent le chemin de Gabaudet : durant toute la nuit, ils avaient pu apercevoir l’impressionnante lueur des incendies qui ravageaient Gabaudet et Donnadieu. Ils ont le droit à une vision d’horreur : poutres calcinées, charpentes effondrées, les murs fument encore. Plus loin des corps, encore des corps. Quelques poules se promènent et picorent les entrailles. Des cadavres ont été broyés, déchiquetés, écrasés par les chenillettes. 

 

On trouve aujourd’hui sur ce site, encore les ruines du désastre et en 1945, une stèle funéraire y fut inaugurée en hommage aux victimes et au drame qui s’est passé en ces lieux. Ces derniers sont le symbole d'une grande Résistance dans le Lot, et malgré le fait que cet emplacement ne soit pas très connu, c'est un lieu très important, qui est porte encore la marque de la barbarie nazi.

 

 

    Stèle inaugurée en 1945, avec les ruines de la ferme en arrière plan.                                  

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