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Pendant la Seconde Guerre mondiale, la cité de la Muette à Drancy, bâtiment alors inachevé, a été transformée en camp d’internement. Les nazis l’occupent dès le 14 juin 1940. De 1941 à 1944, il est l’un des centres d’internement pour les Juifs de France et devient le principal lieu de départ pendant la déportation. La forme du bâtiment est en U, il est entouré de barbelés et de miradors aux quatre coins, ce qui facilite sa transformation en camp. Vers 1940, puis au début de l’Occupation, le lieu est utilisé, tour à tour, pour emprisonner des militants communistes pendant la « drôle de guerre », puis des prisonniers de guerre provenant pour la plupart de l’armée britannique, hommes femmes et enfants. Mais la véritable histoire du camp d’internement de Drancy pour les juifs débute à la suite de la rafle qui a lieu du 20 au 23 août 1941. En l’espace de seulement 3 jours, 4 232 juifs sont raflés et le 1er septembre, on dénombre 4 279 personnes internées à Drancy.                                                                                     À partir de cette période et jusqu’au début des déportations en mars 1942, Drancy devient un vivier d’otages, retirés régulièrement et fusillés au mont Valérien. Le 14 décembre 1941, 47 internés y sont emmenés puis tués le lendemain avec d’autres otages et communistes. Le 27 mars 1942 marque la date de départ du premier convoi partant du camp de Compiègne à destination d’Auschwitz, le début de la politique de répression des otages par la fusillade, mais aussi celui de la déportation massive des Juifs de France vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.                                                                                                    C’est surtout à partir des grandes rafles de l’été 1942 que le camp d’internement de Drancy devient la « plaque tournante » de la déportation en France. Lors de la rafle du Vel d’Hiv, commencée le 16 juillet 1942, la police française arrête près de 13 000 personnes. Les couples sans enfants et les célibataires sont amenés au camp avant d’être transférés à Auschwitz. Les prisonniers sont mis dans des wagons à bestiaux, certains y mourant sans avoir pu revoir le jour, souvent étouffés par la promiscuité. De plus, les conditions de vie dans le camp de Drancy sont extrêmement dures : la famine entraîne la dysenterie à tel point qu’entre août et novembre 1941, une douzaine de personnes meurent de faim. Certains gendarmes français vont même brutaliser les internés et multiplier les humiliations (amendes, tontes des cheveux, etc.). Certains n’auront pas le temps de faire le voyage, comme le poète Max Jacob, mort à Drancy le 5 mars 1944 ainsi que beaucoup d’autres. En novembre 1941, 800 internés malades sont libérés, durant l’absence du chef de la Gestapo à Paris. Certains devaient déjà être libérés, mais d’autres qui étaient entre 150 et 300 en profitèrent jusqu’au 12 novembre. Au total, 1 200 internés furent libérés. Après l’arrestation par la Gestapo et Klaus Barbie en avril 1944, les enfants d’Izieu furent envoyés à Drancy avant d’être déportés et assassinés à Auschwitz. Au total entre le 27 mars 1940 et le 17 août 1944 (date de départ du dernier), 79 convois déporteront 76 000 Juifs de France vers les camps d’extermination. On dénombre 67 000 personnes déportées par 67 convois au départ du camp de Drancy d’où son surnom d’« antichambre de la mort ».

 

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 Après la guerre, le bâtiment a retrouvé sa mission première et est transformé en logements. Vers 1970, un mémorial composé d’un wagon est installé à l’entrée de la cour de la cité de la Muette.

 En 2010, le Mémorial de la Shoah a ouvert un musée entièrement dédié à l’histoire du camp d’internement de Drancy.

 

 

C’est un lieu d’intense émotion ; on voit ces personnes attendant désespérément le départ vers les camps de la mort ; on y ressent la terreur, l’angoisse, la misère… Drancy n’était qu’une étape de plus vers la fin, une torture de plus pour tous ceux qui y sont rentrés. Lors de notre voyage sur les lieux, nous avons eu la chance d’écouter le témoignage de Mme Levy Yvette, ancienne déportée partie de Drancy en direction d’Auschwitz.

Mme Levy était issue d’une famille juive. Elle vivait dans une banlieue de Paris entourée de ses parents et de deux frères. Durant l’exode, ils partent vivre à Tours puis finissent par revenir sur Paris dès l’Occupation allemande. Ils ne s’inquiétaient guère malgré les restrictions en vigueur mises en place par les nazis. Elle était monitrice aux éclaireurs israélites de France, et accueillait clandestinement sur Paris des enfants de déportés jusqu’à leur dispersion dans des familles. Mais le 22 juillet 1944, elle et son groupe sont arrêtés par la Gestapo et envoyés au camp de Drancy ; là encore, elle pense pouvoir échapper au camp ; pourtant, le 31 juillet, elles partent pour Auschwitz dans un convoi de 1 300 personnes. Elles vont alors y découvrir l’horreur de l’extermination et des sélections. En octobre 1944, Yvette est transférée dans un camp en Tchécoslovaquie. Elle travaille dans une usine d’armement avec des Allemands et des Tchèques. Abandonnée par les SS en avril 1945, Yvette doit organiser son rapatriement en France. Durant toute cette période, elle était mariée avec un juif caché sur Marseille.

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