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Le 8 juin 1944, marque un tournant dans la Seconde Guerre mondiale avec le débarquement des Britanniques en Normandie. Sur le territoire de la France occupée, et en réponse à l'appel du général de Gaulle, les mouvements de la Résistance se font de plus en plus ressentir, notamment par des opérations de sabotage en particulier dans le Massif central. Le sud de la France, ex-zone non occupée du gouvernement de Vichy, devient zone de combat, et les Waffen SS et les Wehrmacht vont y appliquer une répression totale. Deux jours après le débarquement, la division de Waffen SS das reich, est envoyée dans le centre (région de Tulle et de Limoges) pour y combattre la Résistance. Cette troupe va semer la terreur dans de nombreuses villes entre Figeac et Argenton-sur-Creuse jusqu'au tristement célèbre 10 juin 1944, où elle s'arrête dans le village d'Oradour-sur-Glane pour réduire le petit village à feux et à sang.

14 heures signe l’arrivée des Allemands. La population est tout d'abord rassemblée au centre, sur la place du champ de foire. On les fait sortir de leurs maisons en prétextant un contrôle d'identité. Vers 15 h, des mitrailleuses sont installées sur le lieu de rassemblement où se trouvent également les femmes, et les hommes acheminés depuis les villages voisins. Les enfants arrivent en rangs, accompagnés de leurs instituteurs. Puis ils sont séparés en deux groupes vers 15 h 30, les femmes et les enfants d'un côté, les hommes de l'autre. Les hommes restés sur place pensent que les femmes et les enfants se dirigent vers la sortie du village alors qu'ils sont emmenés à l'église. Des exécutions ont lieu dans des endroits clos, des remises et des granges où les Allemands avaient installé des mitrailleuses ; ils sont tous tués en même temps à 16 h. Les SS mettent ensuite le feu à ces amas de corps, brûlant vifs certains rescapés. Seulement 5 d'entre eux réussissent à s'échapper de la grande Laudy sans être abattus. Une heure plus tard, à 17 h, c’est le tour des femmes et des enfants ; ils sont exécutés dans l'église même où les SS avaient installé une caisse d'où dépassaient des cordons. Leur mise à feu et la fumée asphyxiante qui s'en dégage, déclenchent une véritable panique et tout le monde se rue sur les portes.

Malheureusement, les Allemands les attendent en dehors, armés de leurs mitrailleuses, ce qui les oblige à se replier à l'intérieur ; puis les SS mettent le feu à l'église, où près de 600 femmes et enfants périssent dans d'atroces souffrances. Le plus jeune enfant n'a que 8 jours. Une seule femme, Mme Rouffanche, réussit à sortir de l'église, par un des vitraux qui avaient explosé. Elle est suivie d'une autre femme et de son bébé, mais alertés par les pleurs de l'enfant, les SS ne tardent pas à les tuer. La rescapée réussit à se cacher juste à temps afin de leur échapper.

Aujourd'hui encore on peut apercevoir la trace des balles et du feu dans ce lieu. Vers 19 h, comme tous les jours, le tramway en provenance de Limoges entre dans le Bourg. Il est directement arrêté par les SS, qui emmènent les personnes dans la ferme Masset. Les otages vivent un calvaire de près de deux heures, attendant leur mort d'une minute à l'autre, dans le cliquetis sadique des armes des SS qui ont l'air de prendre plaisir à les manipuler.

Plus tard, un soldat leur ordonne de partir en leur précisant qu'ils ont eu de la chance, car tous les autres ont été massacrés. 205 enfants, 240 femmes et 197 hommes sont supprimés à Oradour ce jour-là, soit 642 victimes dont 44 expulsés lorrains réfugiés à Oradour. 328 constructions sont détruites et il ne reste que 15 hectares de Ruines. Après ce massacre, les Allemands pillent le village. Seulement 6 personnes échappent à la mort, ainsi que ceux qui n'étaient pas dans leur village le jour même, ou qui s’étaient enfuis à la vue de l'arrivée des Allemands. Les 5 hommes qui survécurent à ce calvaire de 3 h, à travers les flammes, étaient : Messieurs Brossaudier, Darthout, Borie, Roby et Hebras.

Nous avons eu l'honneur et le privilège d'avoir présent avec nous, pour témoigner de ce qu'il avait vécu, M. Hebras, lors du voyage pour le concours national de la Résistance et de la Déportation.

Dès la libération de la France est conçu le projet de conserver les ruines d'Oradour-sur-Glane comme un lieu de souvenir et de pèlerinage. Depuis 1946, le village martyr est la propriété de l'État ; c'est un monument historique visité par près de 300 000 personnes chaque année. En 1953 est inauguré le nouvel Oradour, reconstruit à proximité du premier.

C'est un lieu que j'ai moi-même visité, comme je vous l'explique un peu plus haut. Quand nous y sommes parvenus, nous n'avons pas tout de suite compris ce qui nous arrivait. Mais dès lors que nous avons pénétré dans le village, l'émotion fut intense. Les visages de chacun d'entre nous se ternirent. On pouvait sentir la mort. Chaque pas que l'on faisait nous ramenait à celle-ci, et l'on ressentait avec acuité la peur qui avait pu envahir ces personnes à l'arrivée des SS. Le moment le plus difficile fut aussi l'entrée dans l'église. On imaginait les femmes et les enfants qui pleuraient, dans l'attente, et ceux qui tentaient de s'enfuir malgré tout. Puis le dénouement tragique de tout cela, l'horreur, avec ses pans de mur gardant la trace du feu, ou des balles. Quand nous sommes sortis du village, on ne voyait plus la guerre de la même manière ; on avait aperçu une bribe de l'horreur de cette dernière, de la cruauté du nazisme. On ne peut ressortir de ce village que changés.

Ce lieu est un des plus hauts lieux de la mémoire, témoignant parfaitement de la cruauté, de la terreur engendrée par les Allemands à l'époque. De plus, les émotions y sont tellement intenses, qu'on ne peut remettre sa visite.

 

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Photos prises par moi-même, avec tout d'abord l'église du village, puis une des nombreuses plaques présentes sur de multiples maisons, granges ou remises, et enfin, les restes d'une voiture calcinée qui résiste encore aujourd'hui à la rouille et en arrière plan une grange où furent tués des hommes et à laquelle les SS mirent feu avant de partir. Ci-dessus, en haut de l'article, quelques clichés représentant tout d'abord une gravure présente sur le mur de l'église, lieu de massacre des femmes et des enfants, puis une grange où furent retrouvés des corps calcinés et enfin, une des nombreuses indications parsemées dans le village.